Iran [2/5] Shiraz et Persépolis : « A la découverte de la perse antique »

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Publié par Froggy | Classé dans Moyen-Orient | Publié le 05-04-2016

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DSC03417 [600x450_portrait (tdm_blog)]Arrivée à Shiraz

Je débarque à Shiraz en une glaciale fin d’après-midi de Novembre mais sous un ciel toujours aussi clair et ensoleillé, après avoir passé ces 2 derniers jours dans le sud de l’Iran où j’ai fait connaissance avec l’étonnante hospitalité iranienne.
(Voir l’article précédent  : « Iran [1/5] De Bandar-Lengeh à Jahrom » )

Un profond sentiment de solitude me surprend à nouveau en arrivant à la gare de Shiraz. Je me sens totalement désemparé dans ce pays où je n’arrive plus à lire les écritures (le perse, qui ressemble à l’écriture arabe), où tout est si différent de ce que j’ai connu auparavant, où je n’arrive plus à trouver ce que je cherche : je ne sais plus à quoi ressemble un hôtel, un restaurant, une pharmacie, une épicerie, un cyber-café… De l’exterieur, masqués derrière des facades vitrées couvertes d’affiches ou d’écritures indéchiffrables, tout se ressemble et se confond.

La barrière de la langue est un problème supplémentaire, loin d’être insurmontable, certes, mais il faut tout de même fournir quelques efforts avant d’obtenir une réponse en anglais ou une indication quelconque un tant soit peu précise.

Ce soir, je ne sais pas encore où je vais dormir et je n’exclu pas l’idée de passer la nuit dans la gare routière ou quelque part dans les alentours. Heureusement, j’ai aussi un contact (Couchsurfing) à Shiraz : il s’appelle Hossein et nous avons déjà échangé quelques e-mails la semaine dernière. Malheureusement, je n’ai ici aucune connexion internet et je n’ai pas encore de carte SIM, aucun moyen de le contacter. Ma première mission de la soirée sera donc de trouver une boutique de téléphonie mobile et d’acheter une carte SIM !

Alors que cette démarche était une simple routine dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est où je pouvais acheter une carte SIM à chaque coin de rue et l’activer en quelques minutes, il en sera hautement plus compliqué ici en Iran. Seules quelques rares boutiques spécialisées vendent des cartes SIM et la procédure n’est pas automatique, surtout lorsqu’on est étranger. Même les vendeurs sont un peu déroutés sur la marche à suivre. Je devrai fournir mon passeport dont ils feront de nombreuses photocopies et je passerai en tout une petite heure dans le magasin à remplir des formulaires, à signer des documents et à attendre l’activation de la ligne.

Une fois la carte activée je m’empresse d’envoyer un message à mon contact Hossein pour le prévenir que je viens d’arriver à Shiraz. Malheureusement Hossein ne peut pas m’héberger en ce moment car il a énormément de travail de révision pour ses partielles universitaires, il a même un examen le lendemain matin… Par contre il pourra me consacrer quelques heures demain après-midi pour me faire visiter sa ville, chouette  !

En sortant de la boutique de téléphones et alors que la nuit est maintenant tombée sur Shiraz, j’assiste à une dôle de scène de ménage en pleine rue : la jeune femme (voilée comme toutes les femmes en Iran car c’est la loi) court après son compagnon en hurlant, visiblement très énervée, en pleine crise de nerfs, et finira par lui lancer à la figure ses chaussures à talon tandis que le pauvre homme s’enfuit à toute vitesse, tête baissé et tout penaud ! Les passants dans la rue s’amusent de cette situation cocasse.

Un peu plus tard dans la soirée, alors que je suis rentré dans une épicerie pour acheter du pain (et accessoirement pour me mettre au chaud), je reçois un coup de téléphone du responsable du magasin de téléphonie mobile, celui-là même qui m’a vendu la carte SIM (il a mon numéro!), et il me demande dans un anglais plus que laborieux si j’ai besoin d’aide pour quoi que ce soit… Je crois qu’il m’a senti un peu perdu ce monsieur  ! Finalement, il me donnera rendez-vous au coin de la rue après son travail.

Ali, un jeune trentenaire au sourire sincère avec dans le regard une profonde gentillesse, élégamment habillé dans son costume gris et bleu, sort d’une belle voiture neuve pour me retrouver devant l’épicerie. Il ne parle que difficilement quelques mots d’anglais mais me propose aussitôt d’aller dormir chez lui si je n’ai pas d’autre option. Je sais au premier regard que je peux lui faire entièrement confiance. Je ressens aussi sa frustration à ne pas pouvoir discuter pleinement, cette foutue barrière de la langue qui rend toute communication plus compliquée et inévitablement plus superficielle. Malgré tout, Ali fourni un effort considérable pour me comprendre et pour me répondre en anglais. Je m’acharne alors à former des phrases aussi simples que possible et nous arrivons à trouver un équilibre qui nous permet de communiquer, lentement, mais sûrement.

Ali me fait monter dans sa voiture et m’emmène vers les quartiers périphériques de la ville. Je découvre un bel appartement à la fois très grand et très épuré, dont la pièce centrale (salon-salle à manger) ultra-spacieuse est dépourvue de tout meuble à l’exception de 2 luxueux sofas, et agrémentée de larges tapis colorés. Sur les murs, seules quelques plaques très sobres marquées de citations du Coran apportent une touche d’habillage minimaliste.

Je prends une douche chaude dans ce qui ressemble à une salle de bain « occidentale » et dont j’avais presque oublié l’aisance d’utilisation. Un confort plus qu’appréciable après le bivouac de la nuit dernière dans la salle de prière de Jahrom.

Pour le dîner Ali a commandé des pizzas à domicile. Il semble que pizzas, burgers et autres fast food exotiques soient à la mode en Iran ! Sa femme se joint à nous pour ce repas festif et nous abandonnons les sofas pour nous asseoir tous les trois en tailleur sur le grand tapis central. Du thé à la cardamone et quelques dattes en dessert viendront compléter ce dîner fraternel.

Pour la première fois depuis presque une semaine je vais à nouveau dormir dans un lit ! Un bon lit douillet constitué d’un matelas moelleux et de grosses couvertures bien chaudes ! Mon tout premier lit depuis que j’ai quitté l’Inde. Un régal.

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Mon itinéraire complet en Iran est tracé en noir sur la carte. La partie entourée représente la zone couverte dans cet article. (Cliquez sur la carte pour l’agrandir)

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Shiraz

Shiraz est l’une des plus grandes villes d’Iran et elle est surtout considérée comme la capitale culturelle et artistique du pays, même si son rayonnement a fortement décliné après la révolution islamique de 1979. Elle a vu naître notamment deux très grands poètes de renommée internationale que sont Saadi et Hafez (XIIIe et XIVe siècle) et dont les mausolées attirent encore aujourd’hui à Shiraz de nombreux fidèles.

Après une excellente nuit de sommeil et un petit-déjeuner à base de pain plat iranien, confitures, kéfir (yaourt), fruits secs, et de thé, Ali me déposera en ville en me donnant la liste de tous les endroits intéressants à visiter. S’il n’avait pas été pris par son travail il aurait bien aimé m’accompagner, il est désolé de me laisser seul et de ne pas pouvoir me faire visiter sa ville.

Je commencerai ma balade par le grand marché de « Vakil bazaar » qui offre une vitrine de ce que la région a de plus beau à offrir : tapis persans traditionnels, herbes et épices, sacs et vêtements, objets d’art et antiquités diverses. Un vraie caverne d’Ali-baba.

J’irai ensuite déambuler au hasard des rues du centre-ville où je pourrai admirer, entres autres, la splendide citadelle de Karim Khan.

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Shiraz – La citadelle de Karim Khan

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Shiraz – La citadelle de Karim Khan

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Dans les petites rues de Shiraz

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Shiraz – Vakil bazaar

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Shiraz – Vakil bazaar

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Plus tard dans l’après-midi c’est mon contact couchsurfing, Hossein, qui me rejoint en ville pour me faire visiter quelques attractions locales comme le musée culturel des bains publics de Vakil, la grande mosquée de Shiraz, et les mausolées des célèbres poêtes Hafez et Saadi.

En fin de journée Hossein m’emmènera goûter quelques délicieuses spécialités iraniennes dans un petit restaurant du centre-ville. J’aurai passé une journée très enrichissante en sa compagnie.

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Shiraz – D’anciens bains publics reconvertis en musée

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Grande mosquée de Shiraz

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Dans la grande mosquée de Shiraz, avec Hossein

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Shiraz

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Le mausolée de Hafez

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Au restaurant avec Hossein (au premier plan : le pain iranien)

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Hossein est désolé de ne pas pouvoir m’héberger ce soir car il a encore un examen demain matin et beaucoup de travail à terminer. Il m’aide alors à recontacter mon ami Ali (qui ne parle pas beaucoup anglais) qui lui-même a des obligations ce soir et ne peut pas non plus m’héberger… Mais Ali se démène pour passer quelques coups de téléphone et finit par me trouver un couchage chez son frère, Massoud, qui travaille et qui vit dans une petite usine de banlieue.

L’endroit est un peu spécial, je ne serais probablement jamais venu par ici tout seul ! Mais avec le frère d’Ali je me sais entre de bonnes mains, et le groupe de travailleurs de l’usine m’accueille chaleureusement dans leur minuscule chambre où nous passerons la nuit tous ensembles sur le grand tapis rouge aux motifs persans.

Le lendemain, j’ai prévu d’aller visiter la célèbre cité antique de Persépolis.

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Avec Massoud dans la petite chambre de l’usine où nous avons dormi

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Avec Ali (à gauche) et son frère Massoud (au centre) devant l’usine

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Persépolis

Pour me rendre à Persépolis je dois d’abord prendre un bus pour Marv Dasht, une petite bourgade située à une cinquante de kilomètres au nord de Shiraz. Ensuite il n’y a plus aucun transport en commun, mais seulement des taxis, pour parcourir les 10 derniers kilomètres jusqu’à l’entrée du site historique.

C’est ici à Marv Dasht que je fais connaissance avec Vladimir, un voyageur russe arrivé un peu plus tôt que moi ce matin et qui attendait justement l’arrivée de nouveaux passagers pour partager le coût d’un taxi. Il est sympa et en plus il parle quelques mots de persan, je le laisse donc négocier le prix du taxi avec le conducteur. En partageant la course à deux nous nous en tirons pas trop mal. Et puis comme nous sympathisons rapidement à bord de ce taxi nous décidons tout naturellement d’aller visiter ensemble les ruines de Persépolis !

Persépolis fût jadis l’une des capitales du grand empire perse achéménide, un empire qui s’étendait du Pakistan à l’Est jusqu’à l’Egypte et la Bulgarie à l’Ouest. Son édification démarra il y a environ 2500 ans et se termina seulement deux siècles plus tard lorsque la ville fût détruite par les grandes conquêtes d’Alexandre le Grand. Le site de Persépolis est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Même si historiquement il s’agit d’un site hors du commun, on ne peut pas dire que visuellement il soit très impressionnant. Il peut même paraître un peu décevant aux yeux du néophyte car il s’agit essentiellement de ruines. Cependant, avec un peu d’imagination il est facile de se projeter dans le passé et d’entrevoir la grandeur -architecturale et culturelle – de Persépolis lorsqu’on se trouve face à ses immenses colonnes de pierre ou devant les sculptures majestueuses ou quelques bas-reliefs encore fraîchement conservés.

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Arrivée sur le site de Persépolis

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Persépolis

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Persépolis

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Persépolis

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Persépolis

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Persépolis

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C’est ici sur le site de Persépolis que je vais rencontrer Moonzur, un autre Français voyageant seul et ayant grosso-modo le même itinéraire que moi dans les prochains jours. Nous nous donnons alors rendez-vous le lendemain dans la ville de Yazd située encore un peu plus au nord sur la route de Téhéran, dans l’idée de faire un bout de voyage ensemble.

Après quelques heures de balade envoûtantes au milieu des ruines de Persépolis et de conversations passionnantes avec mon camarade russe, je reviendrai à Marv Dasht pour attraper le prochain bus à destination de Yazd.

La suite au prochain article…

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Commentaire(s) (2)

Tu n’as pas du dormir souvent dehors on dirait^^
Pressé de lire la suite!

Salut Drien ! Non je n’ai pas souvent dormi dehors en Iran, à la fois à cause du froid et de l’hospitalité. :-)

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